Entretenir la flamme

Ce chapitre examine qui et quoi sont considérés comme légitimes au sein de MSF, en se concentrant sur OCA et les sections partenaires. Il se concentre sur l'esprit du bénévolat et la proximité avec le « terrain », et sur la manière dont ces éléments influencent les possibilités d'entrer à MSF et la manière dont les dynamiques et politiques internes opèrent. Ce faisant, il met en évidence l'une des façons dont le pouvoir informel est utilisé : pour définir quels sujets ou activités sont considérés comme des utilisations légitimes des ressources.

Principales constatations

L'esprit de bénévolat et   La proximitédes opérations sont profondément ancrés dans la culture de l'urgence de MSF et déterminent qui a de l’influence.

Une culture organisationnelle fondée sur le débat et l'initiative individuelle favorise ceux qui se sentent légitimes et équipés pour intervenir.

Le département des opérations détient une autorité à la fois formelle et informelle, supervisant l'action directe dans laquelle la majorité du personnel de MSF est impliquée. Bien que seule une petite partie du personnel d'OCA travaille au niveau du siège, c'est là que se concentre le pouvoir.

Aperçu du chapitre

MSF valorise l'idée d'être considéré comme un « bénévole », au sens d'un engagement pour la cause humanitaire. Dans la culture de l'urgence de MSF, cela se traduit par des attentes telles que la volonté de travailler de longues heures et la difficulté de négocier individuellement les salaires.

Il en résulte notamment des barrières à l'entrée pour le personnel issu de groupes socio-économiques inférieurs. Travailler chez MSF est plus aisée pour ceux dont la situation financière permet d'accepter une faible rémunération. Dans les réflexions sur les profils des employés du siège et des sections partenaires, cela a été perçu comme une exclusion de certains groupes,, avec l'accès à l'éducation considéré comme étant une forme de privilège de classe.

Pour les employés dans les programmes également, même au grade le plus bas, l'entrée dans MSF peut favoriser ceux qui ont accès à l'éducation et/ou aux bonnes compétences linguistiques, renforçant ainsi les barrières de classe. Les employés recrutés localement ont expliqué qu'ils avaient dû emprunter des voies qui ne tenaient pas compte de leur expertise professionnelle et qu'on attendait d'eux qu'ils parlent une langue coloniale plutôt qu'une langue locale.

« L'organisation est conçue pour un certain milieu socio-économique [...] et je me demande si, dans une certaine mesure, ce préjugé n'est pas plus important que les autres préjugés dont nous nous inquiétons au sein de MSF. »

Le département des opérations est une autre concentration importante de pouvoir et de légitimité. Bien que petit au niveau du siège, il supervise l'action directe dans laquelle la majorité du personnel de MSF est impliquée.

L'expérience du « terrain » est un raccourci pour une capacité prouvée à faire face et à fonctionner dans les environnements difficiles auxquels MSF est le plus souvent associé. L'expérience acquise dans des situations d'urgence aiguës très médiatisées peut propulser quelqu'un à des fonctions prestigieuses.

Il existe des réseaux de connexions entre les membres du personnel au sein des Opérations, ce qui se traduit par une forte concentration du pouvoir interne. Le personnel, en particulier le personnel recruté localement qui constitue la grande majorité, est confronté à de nombreux obstacles pour pouvoir participer aux discussions, ce qui accroît l'importance d'avoir des voix au sein du siège ou qui ont accès au siège qui peuvent parler avec autorité d'un point de vue « du terrain ».

Le poids accordé à ceux qui ont une expérience opérationnelle affecte la communication interne, la gestion et l'orientation de l'attention au sein de MSF. . Bien que des collègues d'autres départements puissent également avoir une expérience et des qualifications significatives, ils estiment que leurs points de vue manquent d'autorité ou de poids aux yeux de leurs collègues ayant une expérience opérationnelle.

« On m'a souvent dit, tant au niveau national qu'au niveau de l'OC : « J'ai 25 ans d'expérience », « J'ai 28 ans d'expérience », « J'ai 20 ans d'expérience ». Je me suis dit : « C'est louable, c'est respectable, et ce que vous apportez est appréciée, mais pouvons-nous ne pas en faire le point final d'une conversation ? Pouvons-nous ne pas utiliser cela pour justifier pourquoi nous devrions adopter votre approche et pas une autre ? »

La proximité aux programmes peut être utilisée pour mettre à l'écart les rôles ou les voix des membres du personnel ayant moins ou pas d'expérience équivalente. La conscience de cette dynamique influe sur la décision de participer ou non à des discussions internes. Toutefois, les personnes disposant de la bonne expérience peuvent remettre en question celles qui sont plus haut placées dans la hiérarchie formelle, car l'autorité et la légitimité en sont distinctes.

Le poids accordé à l'expérience opérationnelle est lié à la critique du leadership formel. Les managers sont perçus comme étant trop terre à terre. Ils essaient de reproduire les méthodes de travail auxquelles ils sont habitués et ne sont pas capables de prendre en compte les questions stratégiques. Dans le même temps, le scepticisme règne quant à la capacité d'une expérience externe à préparer quelqu'un à devenir un leader au sein de MSF.

 

L'accent mis sur « sauver des vies » rend difficile l'accès aux ressources, à l'attention et au temps pour toute autre chose, y compris la réforme. Certains s'inquiètent du niveau d'attention accordé aux questions internes, telles que l'agenda « diversité, équité et inclusion », et l'examen des préjugés dans la culture ou les structures de MSF est souvent considéré comme une « distraction » par rapport aux « activités principales ».

Approfondir (English only)

Crédit d'image : 

15. Hussein Amri/MSF

16. Scott Hamilton/MSF

https://MSFUK.unbounddocs.com/power-analysis/filters-circuit-breakers/,https://MSFUK.unbounddocs.com/power-analysis/diagnostic-disconnects/